La Cabane Filante dans le Vif Focus+

« Allô, l’au-delà ? »

À Hyon, près de Mons, se trouve la première cabane téléphonique de Belgique destinée aux personnes qui souhaitent s’adresser à un proche décédé. Ce lieu insolite offre un espace intime où chacun peut prendre le temps de parler à une personne disparue, sans attendre de réponse. Le téléphone n’est d’ailleurs pas raccordé.

L’article présente notamment le témoignage de Véronique, qui a perdu sa maman récemment. En composant le numéro de téléphone de la maison familiale, elle retrouve symboliquement un lien avec ses parents. Elle peut leur raconter les événements de sa vie, partager ses joies et exprimer le manque qu’elle ressent. Pour elle, ce moment est à la fois douloureux et réconfortant. La cabane lui permet de laisser sortir ses émotions sans être observée, interrogée ou jugée.

Le projet a été créé à l’initiative de Mathilde Buonomo, psychologue clinicienne et art-thérapeute. Son objectif est de proposer une autre manière d’accompagner les personnes endeuillées. Elle souhaite offrir un espace accessible à tous, dans lequel chacun peut avancer à son rythme. Selon elle, le deuil n’est pas une maladie et la présence systématique d’un professionnel n’est pas indispensable pour permettre à une personne d’exprimer sa souffrance.

Cette initiative s’inspire du concept japonais du « Téléphone du vent », imaginé par Itaru Sasaki après avoir perdu des proches. À la suite du tsunami de 2011, ce téléphone est devenu un lieu important pour de nombreuses personnes touchées par la disparition de membres de leur famille. Le principe s’est ensuite développé dans plusieurs pays.

La cabane d’Hyon a été aménagée dans un petit bâtiment situé au fond d’un jardin. Elle comprend un fauteuil, deux téléphones adaptés aux adultes et aux enfants, des livres consacrés au deuil ainsi qu’un carnet permettant de laisser un message. L’endroit est ouvert à tous, gratuitement et sans réservation. Il ne dépend d’aucune croyance religieuse ou conviction particulière.

L’article aborde également la place de plus en plus limitée accordée au deuil dans notre société. Après les funérailles, les personnes endeuillées doivent souvent reprendre rapidement leur quotidien, alors que leur souffrance est toujours présente. Autrefois, les veillées et les traditions collectives permettaient aux proches de partager leur peine et de bénéficier du soutien de leur entourage. Aujourd’hui, ces pratiques tendent à disparaître et la mort reste un sujet difficile à aborder.

À travers la Cabane filante, Mathilde Buonomo souhaite donc redonner une place à la parole autour de la mort et permettre aux personnes de ne pas rester seules face à leur chagrin.

Source : Laurence van Ruymbeke, « Allô, l’au-delà ? », Le Vif, 16 juillet 2026.

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